Cépages interdits en France : la liste, l’histoire et ce que dit la loi

Cépages · Réglementation

Noah, Othello, Isabelle, Jacquez, Clinton, Herbemont : six cépages venus d’Amérique du Nord ne peuvent pas servir à faire du vin vendu en France. Voici ce que disent les textes, d’où vient l’interdiction et ce qu’il est permis d’en faire aujourd’hui.

Par la rédaction Onivins · vérifié le · 12 min de lecture

Réponse rapide

Six cépages ne peuvent pas servir à produire du vin à vendre en France : le Noah, l’Othello, l’Isabelle, le Jacquez, le Clinton et l’Herbemont. Ce sont des hybrides d’origine nord-américaine. Le droit européen interdit de les classer comme variétés de cuve. Selon le ministère de l’Agriculture, leur interdiction remonte à une loi de 1934, prise pendant une crise de surproduction. Le droit européen permet en revanche de les planter sans autorisation pour un autre usage que le vin.

Quels sont les cépages interdits en France ?

Six variétés sont nommément exclues : le Noah, l’Othello, l’Isabelle, le Jacquez, le Clinton et l’Herbemont. Le règlement européen 1308/2013, qui organise les marchés agricoles, dispose (article 81, paragraphe 2) qu’un État ne peut pas classer comme variété « de cuve » une variété de cette liste. En France, l’arrêté du 9 mai 2016 reprend la même liste. Aucune de ces six variétés ne figure dans la liste officielle des variétés de cuve publiée au Bulletin officiel du ministère de l’Agriculture le 12 février 2026.

Concrètement, « interdit » signifie ici qu’on ne peut pas produire de vin à vendre avec ces raisins. Le ministère de l’Agriculture le résume ainsi : la réglementation française et européenne « interdisent depuis près de cent ans la production et commercialisation de vin pour une liste de six cépages » (réponse publiée au Journal officiel du 6 janvier 2026).

Ces six variétés ont un point commun : ce sont des hybrides d’origine nord-américaine, issus d’espèces de vigne américaines (Vitis labrusca, riparia, aestivalis, cinerea) croisées entre elles ou avec la vigne européenne, Vitis vinifera.

Les six cépages interdits, fiche par fiche

Les fiches ci-dessous reprennent les données du VIVC, le catalogue international des variétés de vigne tenu par l’institut allemand Julius Kühn. Cinq de ces variétés sont noires ; seul le Noah est blanc. Cinq viennent des États-Unis ; l’Othello vient du Canada.

Outil

Choisir une variété

Noah

Couleur des baies
Blanche
Origine
États-Unis
Parents
Semis de Taylor en pollinisation libre (le second parent est inconnu)
Obtenteur
Otto Wasserzieher, semis de 1869
Goût
Foxé

Le Noah est le seul des six qui donne un raisin blanc.

Source : fiche VIVC n° 8573 (consultée le 26/10/2026).

Othello

Couleur des baies
Noire
Origine
Canada
Parents
Non renseigné
Obtenteur
Charles Arnold
Goût
Foxé

Selon le VIVC, l’Othello a été obtenu au Canada par Charles Arnold ; ses parents ne sont pas renseignés. Il n’a donc pas été créé en Allemagne, comme l’affirmait la version précédente de cet article.

Source : fiche VIVC n° 8838 (consultée le 26/10/2026).

Isabelle

Couleur des baies
Noire
Origine
États-Unis
Parents
Vitis labrusca × Vitis vinifera (les marqueurs génétiques désignent le meslier petit)
Obtenteur
W. R. Prince
Goût
Foxé

Le VIVC la répertorie sous son nom anglais, Isabella.

Source : fiche VIVC n° 5560 (consultée le 26/10/2026).

Jacquez

Couleur des baies
Noire
Origine
États-Unis
Parents
Vitis aestivalis × Vitis vinifera
Obtenteur
« Jacques »
Goût
Non foxé

Connu aussi sous les noms de Lenoir et de Black Spanish. C’est le seul des six pour lequel le VIVC indique explicitement l’absence de goût particulier.

Source : fiche VIVC n° 5627 (consultée le 26/10/2026).

Clinton

Couleur des baies
Noire
Origine
États-Unis
Parents
Vitis riparia × Vitis labrusca
Obtenteur
Hugh White
Goût
Foxé

Source : fiche VIVC n° 2711 (consultée le 26/10/2026).

Herbemont

Couleur des baies
Noire
Origine
États-Unis
Parents
Vitis aestivalis × Vitis cinerea selon la bibliographie ; les marqueurs génétiques désignent le chasselas comme l’un des parents
Obtenteur
Nicholas Herbemont
Goût
Non renseigné

Source : fiche VIVC n° 5356 (consultée le 26/10/2026).

Pour l’histoire du plus célèbre d’entre eux, lisez notre article sur le cépage Noah.

Pourquoi ces cépages ont-ils été interdits ?

D’après le ministère de l’Agriculture, ces cépages « ont été interdits en France par la loi du 24 décembre 1934 en réponse à une crise de surproduction ». Le ministère a donné cette explication en réponse à deux questions écrites de députés, publiée au Journal officiel du 3 décembre 2013. On parle de crise de surproduction quand le vignoble produit plus de vin qu’il ne peut en vendre.

Selon la même réponse, l’interdiction de la loi de 1934 a été « introduite en 1987 dans la réglementation communautaire et ne figure donc plus dans la législation nationale ». Aujourd’hui, le règlement européen l’impose aux États membres, et l’arrêté français du 9 mai 2016 applique la même règle au classement des variétés. Le ministère y précise la justification retenue à l’échelle européenne : la « mauvaise qualité hygiénique (teneur élevée en méthanol) et gustative (goût dit foxé) » de ces vins.

En 2026, le ministère parle de « problèmes qualitatifs », et évoque « la disparition des problèmes pour lesquels ils avaient été interdits dans les années 1930 ». Les explications officielles mettent donc l’accent tantôt sur la surproduction (loi de 1934), tantôt sur la qualité des vins. Nous n’avons pas pu consulter le texte de la loi de 1934 lui-même : il est connu ici par les réponses du ministère.

Des vignes venues d’Amérique avec le phylloxéra

Ces hybrides se sont répandus en France à la fin du XIXe siècle, lorsque le phylloxéra détruisait le vignoble. Cet insecte venu d’Amérique, qui attaque les racines de la vigne européenne, a été identifié le 15 juillet 1868 à Saint-Martin-de-Crau, dans les Bouches-du-Rhône, par Bazille, Planchon et Sahut.

Les vignes américaines résistent au phylloxéra. D’après l’étude historique de Jean-Paul Legros (INRA), les viticulteurs les ont d’abord plantées comme « producteurs directs », pour récolter directement leurs raisins (1877-1881). Ils les ont ensuite utilisées comme porte-greffes (riparia et rupestris de 1881 à 1887, puis berlandieri), en greffant dessus la vigne européenne. C’est le greffage qui a permis de reconstituer le vignoble.

  1. 1868Le phylloxéra est identifié dans les Bouches-du-Rhône.
  2. 1877-1881Les vignes américaines sont plantées comme producteurs directs.
  3. 1934Une loi interdit six hybrides, en pleine crise de surproduction.
  4. 1987L’interdiction passe dans le droit européen.

Le vignoble y a perdu une partie de sa surface, passée de 2,37 millions d’hectares en 1875 à 1,65 million en 1908, soit une baisse d’environ 30 % (calcul de la rédaction). Selon Legros, la production, elle, n’a pas diminué. Il juge sévèrement le Noah parmi ces producteurs directs : « cet hybride ruine ceux qui le plantent en se fiant à la curieuse mine de ses grappes blanc-verdâtres ».

Le Noah n’est pas interdit pour avoir propagé le phylloxéra : aucun texte ne le dit, et ce n’est pas l’un des motifs donnés par le ministère.

Le méthanol : un motif officiel, mais peu documenté

Le ministère a invoqué en 2013 une « teneur élevée en méthanol » de ces vins. Nous n’avons trouvé aucune étude scientifique publiée qui mesure le méthanol des vins de Noah, de Clinton ou d’Isabelle. Ce motif est contesté par des députés : en décembre 2025, une question écrite parle de « soupçons qui n’ont jamais été confirmés ». C’est l’avis de son auteur, pas une preuve.

Le méthanol est présent naturellement dans les vins. L’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV) en fixe la limite à 400 mg par litre pour les vins rouges et à 250 mg par litre pour les blancs et les rosés (résolution OENO 19/2004, qui a remplacé les limites de 300 et 150 mg par litre). Ce sont des limites de l’OIV, pas une norme européenne. Sans mesure publiée sur les six cépages, on ne peut ni confirmer ni écarter le risque invoqué.

D’où vient l’idée du « vin qui rend fou » ?

La réputation est ancienne : « Le vin de Noah a d’ailleurs la réputation de rendre fou ceux qui le boivent », rapporte Jean-Paul Legros. Il ajoute aussitôt : « On ne sait pas si c’est l’alcool, la désillusion, ou l’obligation qui est faite au propriétaire de s’en débarrasser par distillation. » Il n’en donne pas de cause scientifique.

Nous n’avons trouvé aucune étude qui établisse un effet de ces vins sur la santé mentale. Nous n’avons pas trouvé non plus de texte officiel qui relie cette réputation au méthanol.

Quel goût ont ces raisins ? Le goût « foxé »

Le « foxé » est l’arôme typique des vignes américaines de l’espèce Vitis labrusca. Il vient surtout d’une molécule, l’anthranilate de méthyle, qui s’accumule dans les baies. C’est ce qu’écrit une équipe du Service de recherche agricole du département américain de l’Agriculture (USDA-ARS), qui a étudié le Concord, le raisin de jus emblématique des États-Unis (Horticulture Research, 2020). Selon ces chercheurs, cet arôme est « souvent perçu comme un caractère indésirable » par les consommateurs de vin et rarement perceptible chez la vigne européenne (traduction). Leur étude porte sur le Concord et d’autres raisins dérivés de Vitis labrusca, pas sur les six cépages interdits.

Le VIVC note un goût foxé pour le Noah, le Clinton, l’Isabelle et l’Othello ; il indique l’absence de goût particulier pour le Jacquez et ne renseigne rien pour l’Herbemont. Ce goût est l’un des deux motifs avancés par le ministère en 2013.

Que peut-on faire avec ces cépages aujourd’hui ?

Le droit européen permet de planter ces variétés sans autorisation, à condition que ce ne soit pas pour faire du vin. Le règlement européen 2021/2117 a ajouté un paragraphe 6 à l’article 81 : les superficies plantées « à des fins autres que la production de vin » avec des variétés non classées ne sont pas soumises à une obligation d’arrachage, et leur plantation ne relève pas du régime d’autorisations. Le même article (paragraphe 4) permet aussi de planter des variétés non classées à des fins expérimentales et de recherche scientifique. La vente de vin reste interdite.

Outil

Que puis-je faire avec un Noah, un Clinton ou un Isabelle ?

Autorisé par le droit européen

Le règlement européen n'exige ni autorisation de plantation ni arrachage pour une vigne plantée à d'autres fins que le vin (article 81, paragraphe 6, du règlement 1308/2013, ajouté en 2021). Nous n'avons trouvé aucune règle nationale contraire, mais nous ne les avons pas toutes examinées. Si vous en faites du vin, voyez « Faire du vin pour ma famille ».

Synthèse des textes en vigueur, vérifiée le 26/10/2026. Elle ne remplace pas l’avis de la douane.

Pour le vin fait à la maison, le texte est moins clair. L’article 81 (paragraphe 5) prévoit l’arrachage des vignes plantées pour produire du vin en violation de ces règles, mais il n’y a pas d’obligation d’arracher « lorsque la production concernée est destinée exclusivement à la consommation familiale du producteur ». Il ne dit pas pour autant que ce vin est autorisé. Pour les règles d’une vigne familiale (surface, déclaration, variétés), consultez notre guide sur la vigne de consommation familiale et celui sur les droits de plantation. En cas de doute, la douane renseigne gratuitement au 0 800 94 40 40.

Un débat relancé, sans changement à ce jour

En janvier 2026, le ministère de l’Agriculture a rappelé l’interdiction et indiqué qu’aucune organisation professionnelle des instances consultées ne souhaitait rouvrir le débat. Il répondait à une question de la députée de la Lozère Sophie Pantel, intitulée « Suppression de l’interdiction des cépages interdits ». Selon lui, dans les échanges européens sur la filière vitivinicole menés depuis l’été 2024, le sujet « n’a, à aucun moment, été mis en avant par les différents États membres » (Journal officiel du 6 janvier 2026).

  • 2018-2019 : selon le ministère, la Commission européenne propose, dans sa réforme de la politique agricole commune de juin 2018, de revenir sur ces interdictions. Répondant à la députée du Gard Françoise Dumas, le ministère estime que les vins de ces hybrides « présentent des défauts organoleptiques qui pourraient porter atteinte à la réputation des vins européens » et que la proposition « ne fait pas consensus au sein de la filière viticole française » (JO du 16 avril 2019).
  • 2021 : la réforme européenne ne lève pas l’interdiction, mais elle permet de planter ces variétés pour un autre usage que le vin.
  • Décembre 2025 : une question du député du Gard Alexandre Allegret-Pilot demande la reconnaissance de leur vin sous la dénomination « vin ». Elle a été retirée une semaine plus tard, sans réponse.
  • 2026 : le règlement européen 2026/471 sur le secteur du vin, publié au Journal officiel de l’Union européenne le 26 février 2026, ne modifie pas l’article 81. L’amendement qui visait à autoriser ces variétés n’y a pas été retenu.

Les députés favorables à une levée de l’interdiction contestent surtout le motif du méthanol ; le ministère souligne l’absence de demande de la filière. La liste des six reste donc inchangée en octobre 2026.

Les hybrides autorisés aujourd’hui

Tous les hybrides ne sont pas interdits : le droit européen permet de classer les variétés issues d’un croisement entre Vitis vinifera et d’autres espèces de vigne, sauf les six variétés exclues. Plusieurs variétés dont l’INRA (aujourd’hui INRAE) assure la sélection conservatrice sont ainsi entrées au catalogue officiel en janvier 2018 : l’Artaban et le Vidoc (noirs), le Floreal et le Voltis (blancs). Elles figurent dans la liste des variétés de cuve de 2026, avec la mention « variété issue d’un croisement entre l’espèce Vitis vinifera et une autre espèce du genre Vitis ».

On les appelle souvent variétés « résistantes ». Pour le ministère, ces cépages récents « présentent une proportion majoritaire de vitis vinifera et ne présentent donc pas les défauts oenologiques de cépages issus de vitis labrusca » (réponse de 2019). Depuis la réforme de 2021, le droit européen ouvre aussi les appellations (AOP) aux variétés issues de ces croisements ; chaque cahier des charges fixe ensuite les cépages admis. Pour aller plus loin, voyez notre page sur les clones agréés par variété de cuve.

Idées reçues sur les cépages interdits

  • « Le chardonnay rose est interdit. » Faux. Il est inscrit au catalogue officiel depuis janvier 2018 et figure dans la liste des variétés de cuve de 2026.
  • « Le palomino est interdit en France. » Faux. Le nom « Palomino » figure dans la liste de 2026 parmi les dénominations qui peuvent figurer sur l’étiquette.
  • « Toute la vigne Vitis labrusca est interdite. » Pas exactement. Seules six variétés sont nommées. Une variété de pure labrusca, sans croisement avec Vitis vinifera, ne peut pas être classée en cuve, mais elle n’est pas interdite nommément.
  • « Ces cépages ont été interdits parce qu’ils rendaient fou. » Aucun des motifs officiels ne le mentionne : surproduction pour la loi de 1934, méthanol et goût foxé pour l’exclusion européenne.
  • « Il est interdit de planter un Noah. » Pas pour un autre usage que le vin. Depuis 2021, le règlement européen précise qu’une telle plantation n’est soumise ni à autorisation ni à une obligation d’arrachage.

Une version précédente de cet article reprenait plusieurs de ces erreurs. Elle a été entièrement réécrite et vérifiée en octobre 2026.

Questions fréquentes

Quels sont les six cépages interdits ?

Le Noah, l’Othello, l’Isabelle, le Jacquez, le Clinton et l’Herbemont (règlement européen 1308/2013, article 81, et arrêté du 9 mai 2016).

Pourquoi le Noah est-il interdit ?

Comme les cinq autres, il a été interdit par la loi du 24 décembre 1934, pendant une crise de surproduction. Le ministère invoque aussi la teneur en méthanol et le goût foxé de son vin ; nous n’avons trouvé aucune étude publiée sur le méthanol à l’appui.

Pourquoi l’Isabelle est-elle interdite ?

Pour les mêmes raisons que les autres : la loi de 1934, puis le droit européen, qui interdit de la classer comme variété de cuve. Elle a le goût foxé typique des vignes Vitis labrusca.

Peut-on manger le raisin Noah ?

Aucun texte consulté ne l’interdit : les règles visent le vin. Le droit européen permet de planter un Noah sans autorisation pour son raisin.

Peut-on planter un Noah dans son jardin ?

Oui selon le droit européen, si ce n’est pas pour faire du vin : la plantation n’exige alors pas d’autorisation (règlement 1308/2013, article 81, paragraphe 6, ajouté en 2021).

Quel goût a le Noah ?

Un goût dit « foxé », selon le VIVC. Chez le Concord, raisin américain très étudié, cet arôme vient surtout de l’anthranilate de méthyle ; l’étude n’a pas porté sur le Noah. Le Noah donne un raisin blanc.

Le vin de Noah rend-il fou ?

Aucune étude ne le montre. C’est une réputation ancienne, que Jean-Paul Legros rapporte sans lui trouver de cause établie.

L’interdiction va-t-elle être levée ?

Pas à ce jour. Le règlement européen sur le vin adopté en février 2026 ne l’a pas levée. En janvier 2026, le ministère a indiqué que le sujet n’avait pas été porté par les États membres dans les échanges récents et qu’aucune organisation professionnelle consultée ne le demandait.

Sources

Sources consultées le 26 octobre 2026. Les règlements européens ont été lus dans leur version publiée au Journal officiel de l’Union européenne et dans les actes qui les modifient (2021/2117, 2026/471). Les citations en anglais sont des traductions de la rédaction.

La rédaction Onivins
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