Cépage Noah : origine, raisin, goût et interdiction

Cépages · Noah

Venu de l’Illinois, planté en France pendant la crise du phylloxéra, puis interdit pour le vin : le Noah garde une réputation sulfureuse. Voici son histoire, son raisin, son goût, et ce qu’on a le droit d’en faire aujourd’hui.

Par la rédaction Onivins · vérifié le · 12 min de lecture

Réponse rapide

Le Noah est un cépage à raisin blanc, obtenu en 1869 à Nauvoo, dans l’Illinois, à partir d’un semis de la variété américaine Taylor. Cultivé en France dès la fin des années 1870, pendant la crise du phylloxéra, il donne un vin au goût dit « foxé ». Il fait partie des six cépages qui ne peuvent pas servir à produire du vin vendu en France et dans l’Union européenne. Le droit européen permet en revanche d’en planter pour un autre usage que le vin.

Qu’est-ce que le cépage Noah ?

Le Noah est une vigne hybride d’origine américaine, à raisin blanc, connue en France comme l’un des « cépages interdits ». Il est issu d’un semis de Taylor, une variété américaine née de vignes d’Amérique du Nord. Il a été planté en France à la fin du XIXe siècle pour récolter du raisin sans greffage, puis exclu de la production de vin.

Fiche d’identité du Noah
Couleur du raisinBlanc : baie verte qui jaunit à maturité
OrigineNauvoo (Illinois, États-Unis), 1869
ObtenteurOtto Wasserzieher
ParentsSemis de Taylor, second parent inconnu
GoûtFoxé
En FranceCultivé au moins dès 1878
Statut pour le vinExclu Ne peut pas être classé variété de cuve (règlement européen 1308/2013, article 81)
Catalogue officiel françaisAbsent de la liste A (FranceAgriMer, septembre 2026)

Sources : VIVC (fiche n° 8573), Bush et Meissner (1883), Viala et Vermorel (1904), FranceAgriMer.

Le Noah fait partie des six variétés exclues avec l’Othello, l’Isabelle, le Jacquez, le Clinton et l’Herbemont. Notre guide des cépages interdits en France les présente toutes les six.

D’où vient le Noah ?

Le Noah a été obtenu en 1869 par Otto Wasserzieher, à Nauvoo, dans l’Illinois, à partir d’un pépin de Taylor. Le catalogue international des variétés de vigne (VIVC) et deux ouvrages de référence de l’époque concordent sur ce point. Le catalogue des pépiniéristes Bush et Meissner (Missouri, 1883) précise : « Raised from Taylor seed by Otto Wasserzieher, Nauvoo, Ills., in 1869 ». La vigne a donné ses premiers raisins en 1873, et Bush et Meissner l’ont mise en vente en 1876.

Le second parent est inconnu : le VIVC parle de pollinisation libre, et l’ampélographie de Viala et Vermorel (1904) écrit : « Semis de Taylor, avec ou sans hybridation préalable on l’ignore ». Certains auteurs, dont Jean-Paul Legros (INRA), le décrivent comme un croisement de Vitis riparia et de Vitis labrusca, les deux espèces principales que Viala et Vermorel attribuent au Taylor (« avec intervention présumée de Monticola »). Le nom renvoie au patriarche biblique Noé : selon Viala et Vermorel, c’est « un hommage rendu à la précieuse qualité de ce cépage de produire un vin habituellement très alcoolique ».

À quoi ressemble le raisin Noah, et quel goût a-t-il ?

Le Noah donne des grappes moyennes, épaulées et assez compactes, à baies vertes qui jaunissent à pleine maturité. Bush et Meissner décrivent des baies à peine plus petites que celles du Concord, à la peau fine mais ferme, transparente, et à la pulpe ferme. Le raisin mûrit environ dix jours après le Concord. Viala et Vermorel notent aussi qu’« arrivés à maturité complète, ses raisins s’égrènent au moindre choc ».

Son goût est dit « foxé », comme celui de nombreuses vignes américaines de l’espèce Vitis labrusca : Viala et Vermorel parlent de sa « pulpe foxée », et le VIVC classe lui aussi le Noah parmi les raisins foxés. Selon les mêmes auteurs, sur les coteaux chauds, le vin de Noah voit croître « son parfum sauvage de fraise ananas ». Chez le Concord, raisin américain très étudié, cet arôme vient surtout d’une molécule, l’anthranilate de méthyle (Horticulture Research, 2020) ; nous n’avons pas trouvé d’étude équivalente sur le Noah.

Existe-t-il un Noah noir ou un Noah rouge ?

Non : le Noah est un raisin blanc, et ni le VIVC ni l’ampélographie de 1904 ne connaissent de forme noire ou rouge du Noah. Le VIVC recense quatorze autres noms du Noah (Noa, Noé, Noah bianca, Fraga…) ; aucun ne désigne une forme noire. Viala et Vermorel signalent qu’en Suisse, un raisin appelé « Noah noir » est un cépage européen qui « n’a rien de commun avec l’hybride qui nous occupe ». Dans la région lyonnaise, ce surnom désignait aussi le Gaillard n° 2, un hybride rouge dont le Noah est l’un des parents.

Si vous avez un « Noah » à raisin noir, il s’agit donc probablement d’une autre variété. Parmi les cépages interdits, l’Othello, l’Isabelle, le Jacquez, le Clinton et l’Herbemont ont des baies noires.

Rang de vigne chargé de grappes noires sur une crête herbeuse, devant un grand ciel nuageux

Les vignes américaines résistaient à cet insecte, qui attaque les racines de la vigne européenne.

Vignes de l’Uhudler au Zeinerberg, à Heiligenbrunn (Autriche). Photo : Michellethewise, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons, format modifié.

Comment le Noah est-il arrivé en France ?

Le Noah était cultivé en France au moins dès 1878, quand le phylloxéra détruisait le vignoble. Les vignes américaines résistaient à cet insecte, qui attaque les racines de la vigne européenne. D’après Jean-Paul Legros, les viticulteurs les ont d’abord plantées comme « producteurs directs », pour récolter directement leurs raisins (1877-1881), avant de les utiliser comme porte-greffes. Bush et Meissner citent dès 1883 un viticulteur des Bouches-du-Rhône qui cultive le Noah depuis 1878.

Selon Viala et Vermorel, son accueil a été « réservé et plutôt froid dans le Midi », mais « assez favorable dans le Centre, dans l’Est et surtout dans le Sud-Ouest, notamment en Armagnac, en vue de la chaudière », c’est-à-dire de la distillation. Dès 1904, ils constatent qu’il reste « disséminé dans toutes les régions viticoles de la France sans couvrir dans aucune d’elles des superficies bien étendues », et que son extension « tend actuellement à diminuer ». Le greffage des vignes européennes l’a emporté.

  1. 1869Semis de Taylor par Otto Wasserzieher dans l’Illinois.
  2. 1876Mise en vente par Bush et Meissner, au Missouri.
  3. 1878Cultivé en France, en pleine crise du phylloxéra.
  4. 1934Loi d’interdiction, pendant une crise de surproduction.

Nous n’avons trouvé aucune statistique fiable sur la surface de Noah en France, ni ancienne ni récente.

Le Noah est-il résistant aux maladies ?

En partie seulement. Viala et Vermorel le jugent « peu sensible à l’Oïdium sur sa grappe et au Mildiou sur son feuillage ». Contre le black-rot, il est selon eux plus facile à défendre que les vignes européennes, mais « plusieurs traitements » restent nécessaires « pour être absolument préservé ». Ils signalent aussi des attaques d’anthracnose, de rot blanc et de rot brun, et un dépérissement sur certains sols calcaires.

En 2021, répondant au Sénat à propos des hybrides de première génération en général, le gouvernement a estimé que s’ils présentent des résistances à certaines maladies, « la pérennité de cette résistance dans le temps et son étendue ne sont toutefois pas démontrées ». Cette réponse ne vise pas le Noah en particulier.

Face au phylloxéra, sa résistance est, selon Viala et Vermorel, « très élevée pour un hybride de Labrusca » : ils lui donnent la cote 13, contre 11 pour le Taylor et 6 pour l’Othello, sur l’échelle utilisée à l’époque.

Ils le décrivent enfin comme un cépage « très fertile », à condition de le conduire en taille longue, dont le rendement « dépasse 50 hectolitres à hectare », avec de fortes variations selon le sol et les fumures.

Quel vin donne le Noah ?

Un vin blanc sec, souvent riche en alcool, marqué par le goût foxé. Viala et Vermorel citent le vicomte de Saint-Pol, pour qui son degré « augmente avec l’âge de la vigne et varie de 10 à 14° », un peu moins dans le Centre. Pour eux, le fox, « tache originelle indélébile des Labrusca, reparaît […] fatalement dans son vin ». Legros parle lui aussi d’« un vin chargé en alcool ».

Ce vin ne peut plus être produit pour la vente. Pour le vin fait à la maison, voyez plus bas ce que permettent les textes.

Pourquoi le Noah est-il interdit ?

D’après le ministère de l’Agriculture, le Noah et cinq autres cépages « ont été interdits en France par la loi du 24 décembre 1934 en réponse à une crise de surproduction ». Cette interdiction a ensuite été « introduite en 1987 dans la réglementation communautaire » (réponse publiée au Journal officiel du 3 décembre 2013). Pour l’exclusion à l’échelle européenne, le ministère invoque la « mauvaise qualité hygiénique (teneur élevée en méthanol) et gustative (goût dit foxé) » de ces vins.

En 1962, une question écrite au Sénat évoque l’arrachage des « plants de vigne prohibés (Noah, Othello, Isabelle, Jacquez, Clinton, Herbemont) dont la culture est interdite depuis le 1er décembre 1956 ». Nous n’avons pas retrouvé le texte qui fixe cette date. Aujourd’hui, la règle figure à l’article 81 du règlement européen 1308/2013 : un État ne peut pas classer le Noah comme variété de cuve. En France, l’arrêté du 9 mai 2016 reprend la même exclusion pour le classement des variétés.

En janvier 2026, le ministère parlait encore de « problèmes qualitatifs » et indiquait qu’aucune organisation professionnelle des instances consultées ne souhaitait ouvrir un débat sur ces cépages (réponse à la question écrite n° 10664).

Une « abrogation en 2003 » n’est pas établie
En 2013, un député a écrit que ces cépages avaient été « réhabilités à travers un décret de 2003 (n° 2003-851) » ; le ministère ne l’a pas confirmé dans sa réponse. Ce décret porte sur la partie réglementaire du livre VI du code rural ; dans la partie que nous avons pu lire, rien ne concerne le Noah. Le ministère dit seulement que l’interdiction de la loi de 1934 « ne figure donc plus dans la législation nationale », puisqu’elle a été reprise par le droit européen en 1987. L’exclusion subsiste par le règlement européen et l’arrêté de 2016 : produire du vin de Noah pour le vendre est resté interdit.

Le Noah « rend-il fou » ? Ce que l’on sait du méthanol

Nous n’avons trouvé aucune étude récente qui montre que le vin de Noah rend fou. Deux études autrichiennes ont mesuré le méthanol de vins issus d’autres vignes hybrides américaines : ils en contiennent un peu plus que des vins européens comparables, mais restent sous les limites internationales. En 2017, des chercheurs de l’établissement fédéral de viticulture de Klosterneuburg ont analysé 31 vins de « producteurs directs » : aucun ne dépassait les limites de l’OIV (250 mg par litre pour les blancs et les rosés, 400 mg par litre pour les rouges), mais les Uhudler blancs contenaient nettement plus de méthanol que des vins blancs de qualité (69 à 143 mg par litre, contre 19 à 62). En 2019, une seconde étude a mesuré 186 mg par litre en moyenne dans des Uhudler (de 124 à 244), contre 194 pour des vins rouges et 40 pour des vins blancs de cépages européens. Ni l’une ni l’autre ne porte sur du vin de Noah, cépage exclu du Burgenland.

D’après la littérature que citent ces chercheurs, les raisins de ces hybrides ont une peau plus épaisse et une pulpe plus gélatineuse, donc plus de pectine, principale source du méthanol dans le vin. Le ministère autrichien de l’Agriculture parle, pour l’Uhudler, d’une teneur en méthanol « légèrement plus élevée » mais « sans danger pour la santé » (traduction). Ces résultats éclairent le motif « méthanol » invoqué par le ministère français, sans le trancher pour le Noah.

La mauvaise réputation est ancienne. Jean-Paul Legros rapporte que « le vin de Noah a d’ailleurs la réputation de rendre fou ceux qui le boivent », sans savoir si la cause est « l’alcool, la désillusion, ou l’obligation qui est faite au propriétaire de s’en débarrasser par distillation ». En Autriche, le ministère cite un auteur de 1929 selon qui les buveurs réguliers de vin de Noah prendraient un teint blafard, trembleraient de tout leur corps et dépériraient. Selon l’étude de 2019, des auteurs des années 1920 à 1970 ont prétendu démontrer la toxicité de ces vins ; l’un de ces travaux (Breider, 1972) a été réfuté la même année par une étude qui attribuait les symptômes observés à une carence alimentaire.

Nous n’avons trouvé aucune étude récente qui montre que le vin de Noah rend fou.

Le Noah en Autriche et l’Uhudler

Même en Autriche, où l’Uhudler, un vin de vignes hybrides américaines, est autorisé dans le sud du Burgenland, le Noah reste exclu. Le règlement viticole du Burgenland du 14 mai 2003 tolère jusqu’au 31 décembre 2030 les variétés non classées plantées à la date de son entrée en vigueur, « à l’exception des variétés Noah, Othello, Isabelle, Jacquez, Clinton et Herbemont » (traduction) ; leur replantation est interdite. Nous n’avons pas examiné les versions ultérieures de ce texte. Selon le ministère autrichien de l’Agriculture, l’Uhudler est aujourd’hui produit avec les cépages Concord, Delaware, Elvira et Ripatella, dans les districts de Jennersdorf et de Güssing.

Selon le même ministère, le Noah y avait pourtant été admis peu après 1992, quand l’Uhudler a été réintégré dans la loi autrichienne ; la date exacte de ce règlement n’est pas précisée.

Jeunes pieds de vigne protégés par des manchons bleus sur un coteau enherbé de Heiligenbrunn

La vente de vin de Noah reste interdite.

Jeunes vignes au Zeinerberg, à Heiligenbrunn (Autriche). Photo : Michellethewise, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons, format modifié.

Que peut-on faire d’un pied de Noah aujourd’hui ?

Le droit européen permet de planter ou de garder un Noah pour un autre usage que le vin : pour son raisin, ou simplement pour une treille. Depuis 2021, l’article 81 du règlement 1308/2013 précise que ces plantations ne sont soumises ni à autorisation ni à une obligation d’arrachage. La vente de vin de Noah reste interdite.

Outil

J’ai un pied de Noah : qu’ai-je le droit d’en faire ?

Autorisé par le droit européen

Le règlement européen n'exige ni autorisation de plantation ni arrachage pour une vigne plantée à d'autres fins que le vin (article 81, paragraphe 6, du règlement 1308/2013, ajouté en 2021). Nous n'avons trouvé aucune règle nationale contraire, mais nous ne les avons pas toutes examinées.

Synthèse des textes en vigueur, vérifiée le 26/10/2026. Elle ne remplace pas l’avis de la douane (0 800 94 40 40) ou de FranceAgriMer.

Le Noah ne figure ni dans la liste A du catalogue officiel des variétés de vigne (FranceAgriMer, mise à jour du 2 septembre 2026), ni dans la liste officielle des variétés de cuve. Pour planter une vigne au jardin dans les règles, voyez notre guide sur la vigne de consommation familiale.

Le débat sur une levée de l’interdiction n’a pas abouti. En 2021, le gouvernement répondait au Sénat que « le consensus fort, nécessaire à la levée de l’interdiction, n’est aujourd’hui pas acquis ». En janvier 2026, le ministère indiquait qu’aucune organisation professionnelle consultée ne demandait ce débat. Le règlement européen 2026/471 sur le secteur du vin, publié en février 2026, n’a pas modifié l’article 81. Notre guide des cépages interdits détaille ce débat.

Questions fréquentes

Le Noah est-il un raisin blanc ou noir ?

Blanc. Ses baies sont vertes et jaunissent à maturité. Les « Noah noirs » sont d’autres variétés.

D’où vient le cépage Noah ?

De Nauvoo, dans l’Illinois (États-Unis), où Otto Wasserzieher l’a obtenu en 1869 à partir d’un semis de Taylor.

Pourquoi le Noah est-il interdit ?

Selon le ministère de l’Agriculture, il a été interdit par la loi du 24 décembre 1934, pendant une crise de surproduction. L’interdiction a été reprise dans le droit européen en 1987 ; le ministère invoque la teneur en méthanol et le goût foxé de son vin.

Quel goût a le raisin Noah ?

Un goût dit « foxé », typique des vignes américaines, présent dans le raisin comme dans le vin ; l’ampélographie de 1904 prête au vin de Noah un « parfum sauvage de fraise ananas ».

Peut-on manger le raisin Noah ?

Aucun texte consulté ne l’interdit : les règles visent le vin.

Peut-on planter un Noah ?

Oui selon le droit européen, si ce n’est pas pour faire du vin : la plantation n’exige alors pas d’autorisation. Le Noah n’est pas inscrit au catalogue officiel français : renseignez-vous auprès de FranceAgriMer avant d’acheter des plants.

Le vin de Noah rend-il fou ?

Nous n’avons trouvé aucune étude récente qui le montre. Des vins autrichiens issus d’autres vignes hybrides américaines contiennent un peu plus de méthanol que des vins européens comparables, mais restent sous les limites de l’OIV.

Peut-on vendre du vin de Noah ?

Non. Le Noah ne peut pas être classé comme variété de cuve, en France comme dans le reste de l’Union européenne.

Sources

Voir les sources

Sources consultées le 26 octobre 2026. Les citations en allemand sont des traductions de la rédaction ; celle de Bush et Meissner est laissée en anglais.

La rédaction Onivins
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